INSERT-INFO no. 7

Avril 2001

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Editorial

En général solide

"It is not advisable to use sea water as the salt in the sea water is harmful to concrete" (Il n'est pas conseillé d'utiliser de l'eau de mer, car le sel de l'eau de mer est dommageable pour le béton): c'est le conseil plein de bon sens que nous avons trouvé dans une encyclopédie britannique du bricolage, et il faut bien le dire la seule allusion directe à une telle préparation du béton que nous ayons rencontrée au cours de notre enquête. Nos questions ont laissé perplexes les spécialistes consultés, et lors de nos appels, nous devinions un froncement de sourcil incrédule sur le visage de nos interlocuteurs, en même temps qu'un gros point d'interrogation au-dessus de leurs têtes. Nous avons beaucoup appris sur les dégâts dûs au sel de déneigement sur les ponts autoroutiers du Saskatchewan (entre autres), mais de préparation de béton à l'eau de mer, point: comme si quelqu'un pouvait avoir une idée pareille !

Il convient de relativiser: seuls les immeubles construits dans un certains nombre de communes très disséminées, ou région de ces communes, et qui ont été cimentés en été des années citées, peuvent présenter des défauts. Et même avec ces défauts ils sont sûrs, si ceux-ci ont été constatés et réparés à temps. De petits tremblements de terre secouent à intervalles réguliers les côtes valenciennes et andalouses, et à notre connaissance, aucun immeuble ne s'est effondré de ce fait. Tout au plus ces secousses jouent-elles le rôle de révélateur du problème.

A l'heure d'acheter, si vous suivez ces conseils, vous devriez éviter une si fâcheuse surprise. C'est particulièrement recommandé lors de l'achat d'un appartement: vous devez vous faire montrer les parties visibles des fondations (exemple: le local des compteurs), car vous vous apprêtez à devenir co-propriétaire de ces parties-là également. Et en cas de gros problème, la co-propriété à généralement beaucoup de peine à se mettre d'accord sur les frais à engager, et encore plus à faire payer les récalcitrants.

J. Gaillard

Construction: des effritements dûs à

Un béton à l'eau de mer

Construits en période de sécheresse avec de l'eau tirée d'une nappe phréatique riche en eau de mer, certains immeubles présentent des défectuosités rapidement visibles. Sont-elles dangereuses ? Dossier.

"Oui, ces blocs ont été construits pendant la sècheresse de l'été 1986. C'est l'origine des fissures que vous avez vues." Telle a été la réponse d'une habitante de la Costa-Blanca, avec qui nous commentions la visite d'un appartement dont l'aspect nous avait un peu surpris.

Le chemin de l'eau

Sur la côte méditerranéenne, l'eau du robinet provient soit des très nombreux barrages installés sur des cours d'eau parfois relativement éloignés, soit d'usines de dessalement de l'eau de mer, soit de la nappe phréatique. Dans ce dernier cas, et en période de sécheresse importante, la nappe phréatique est envahie par l'eau de mer. La proportion de cette dernière, dans l'eau du robinet, peut atteindre trois quarts d'eau de mer pour seulement un quart d'une eau qui n'est même plus douce, car souillée par de fortes concentrations de nitrates (utilisés dans l'agriculture). Inutile de dire que cette eau n'est pas potable. Mais pour faire du béton, il faut de l'eau, et les constructeurs prennent celle qu'ils trouvent.

Deux types de béton

En construction, on distingue deux usages du béton: le ciment de remplissage pour, par exemple, assembler des briques ou construire un mur de contention, et le béton armé destiné à former la charpente d'un édifice ou d'un ouvrage d'art. On distingue aussi deux types de problèmes.

Des taches…

Les spécialistes consultés sont unanimes: le cas du béton de remplissage n'est pas trop grave: le béton contient par nature certains sels, et dans le passé, on utilisait parfois le sel pour accélérer la prise du béton, quoi qu'aujourd'hui, les spécialistes préfèrent recourir au chlorure de calcium (un des sels de déneigement des routes ndr.). Les dégâts constatables relèvent surtout de l'apparition de taches ou d'auréoles, qui ont tendance à transparaître sur le revêtement utilisé: papiers peints sur plâtre, ou crépis, par exemple. Dans ces cas, il est recommandé d'utiliser des revêtements synthétiques, comportant une couche de produit étanche à l'eau. Selon Danko Linder, architecte suisse établi à Madrid, "la résistance de ce béton n'est en aucun cas affectée"; mais il admet tout de même que lui n'utiliserait pas l'eau de mer pour préparer son béton, fût-il de remplissage. "Un tel immeuble "vieillit" en vingt ans au lieu de cinquante à soixante" précise l'architecte.

…et des chutes de ciment

Le cas du béton armé est plus grave: le sel attaque l'armature du béton et celle-ci perd sa résistance. Dans le cas de ferraillages disposés près de la surface, des effritements apparaissent après quelques années déjà, et le phénomène s'aggrave avec l'humidité ambiante (importante en bord de mer). Celle-ci maintient le sel dans un état constamment humide, et donc particulièrement corrosif.

Selon Rodolfo Soler, ingénieur des ponts et chaussées à Valence, le danger de voir un immeuble construit dans de telles conditions s'effondrer sans prévenir sur ses habitants est pratiquement nul: les défectuosités du béton apparaissent clairement, avant d'être dangereuses, même en cas de secousse sismique modérée, "à condition bien sûr que les autres paramètres de sécurité (proportions du mélange) soient respectés" ajoute-t-il.

Lui aussi précise qu'il est évident qu'un immeuble ainsi construit "vieillit" beaucoup plus rapidement qu'un autre, que ce soit en raison des défauts de structures, ou de l'apparence des parois qui, quelque soit l'enduit utilisé, prennent vite un aspect "sale".

Des sulfates

Enfin, selon des chercheurs canadiens (note ci-dessous), l'eau de mer présente une teneur en sulfates relativement importante. Ceux-ci pourraient également altérer la résistance du béton, particulièrement lorsqu'il est par la suite exposé à l'humidité.

Rafistolages

Encore faut-il, en cas d'apparitions de ces signes de vieillissement, prendre les mesures adéquates, à la fois compliquées et relativement coûteuses: nettoyage de la zone attaquée, remplacement d'une structure, etc. Et il existe malheureusement des solutions inadéquates: recouvrir les parois de l'immeuble de plaques préfabriquées du plus bel effet, mais sans influence sur la maladie.

Reconnaître le danger

Les signes précurseurs de problèmes sont les suivants: plaques (petites ou grandes) de béton tombées de piliers et laissant apparaître un ferrage à nu; fissures d'où s'échappent des trainées de rouille; parois à nu montrant de vastes taches sèches. Si l'immeuble comporte un souterrain (caves, garages, etc.) l'inspection de ceux-ci, est particulièrement révélatrice.

Un risque limité

Il convient de relativiser le risque. Celui-ci n'est manifeste que dans les régions alimentées exclusivement par la nappe phréatique, et frappées de sécheresse au moment où les fondations ou les structures de l'immeuble ont été cimentées: les périodes les moins favorables à cet égard ont été les étés de 1984 et 1985, ainsi que celui de 1999. Les communes concernées sont dispersées de manière isolée tout au long de la côte espagnole, à partir de Tarragone en direction du sud.

En sont exclues entre autres: les régions de delta (Ebre, Segura); les communes proches de villes importantes; pratiquement tout le sud de la province d'Alicante; la province de Murcie. Le plus sûr moyen de savoir si on est dans une commune à risque est encore d'interroger les voisins: ceux qui ont eu droit à de l'eau saumâtre l'année dernière s'en souviennent encore.

Ce bâtiment n'est pas concerné

L'année de construction, la saison du cimentage et la provenance de l'eau sont déterminantes

Que s'est-il passé ?

Les emplâtres autour de la porte ne sont pas suspects, mais il peut être plus intéressant de connaître l'origine du "bouchon" en haut à gauche

Villa en parpaings de ciment

Une construction en parpaings de béton est "auto-porteuse" et beaucoup moins exposée au problème

Effets des sulfates de l'eau de mer: Le Conseil national de recherche Canada, Institut de recherches sur la construction à Ottawa publie des articles très fouillés sur le sujet (en français): ici

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